
On l'a attendu ce nouvel album de Bonobo avec l'impatience
juvénile d'un beau cadeau de noël arrivé comme par enchantement avant l'heure.
Et c'est tant mieux car cette épouvantable attente nous a largement été
récompensé. On avait fort à parier que les trois titres apéritifs (dégustation
octobre) nous annonçait une belle
entreprise, une escalade suprême vers la beauté d'une splendide
réussite. Bingo! Cette fois-ci après confirmation, nous pouvons donc l'affirmer
haut et fort, Simon Greene signe une toile de maître d'une valeur inestimable.
Accompagné par la voix suave de Bajka (prononcez Biker), apportant la dimension
grandiose à ce disque incroyablement surréaliste: mélancolique par ses notes
sombres et son univers polissé et totalement optimiste par la qualité
d'interprétation. S'imposant depuis ses débuts comme l'un des maîtres
incontestés du mouvement "chill out", Greene demeure donc en figure
de proue de ce genre de musique très sollicité par Ninja Tune (et ils ont eu le
nez creux en le signant chez eux!). Finalement l'album ne déçoit à aucun moment
car il configure avec justesse l'idée qu'on s'en était faite après l'écoute du
premier maxi. Si Bajka (qui a déjà sorti des albums chez Ubiquity et Compost),
envoûte avec sa voix, héritière parfaite de Aretha Franklin, il ne faut pas
négliger les magnifiques instrumentaux ("Ketto",
"Recurring") composés intégralement par Mr Greene ou encore l'autre
valeur montante de Ninja Tune, Fink, qui prouve ici que les espoirs misés sur
sa personne sont loin d'être infondés en s'embarquant dans un génial couplet
pop-nostalgique ("if you stayed over").
Plein de magie, de grâce et
de réelle intensité, "Days to come" est un album à ne pas laisser
passer car on aurait presque envie de dire que plus le temps passe et plus
Bonobo prend de l'ampleur, en somme il n'est pas prêt de mettre un point
d'honneur à ses activités et c'est tant mieux. S'il est connu que le bonobo est
l'un des plus savants primates alors l'aptitude musicale de son congénère est indiscutable,
ici il n'est plus question de maturité mais de précocité. Road-movie
intemporel, transe jouissive et discrète, dès la fin du disque on en redemande
et nous voilà doublements gâtés puisqu'un deuxième chapitre s'ouvre sur les
versions instrus des perles interprétées par Bajka. Même si on préfèrera de
loin les versions servies par la chanteuse nomade, le dj/bassiste anglais nous
fait tout de même plaisir en nous livrant ces diamants précieux comme des
émeraudes. Entre trip/hop, ambiances jazzy et soul des 70's, "les jours à
venir" s'annoncent ensoleillés et riches émotionnellement. Le maître de
l'électro down-tempo a encore frappé, enfin plutôt laissé une nouvelle emprunte
de son inspiration drastique, drapée de velours et sublimée dans le calme effervescent
d'un splendide condensé d'émerveillement. On espère désormais être dignement et
pleinement comblés avec une tournée afin de faire honneur à ce disque
essentiel. Car en bon multi-instrumentiste Greene a pour habitude de défendre
son travail studio avec son groupe (au sein duquel il tient la place de
bassiste), avec la force tranquille des grands. Vivement que la lumière
ténébreuse qui se dégage de cet album éthéré vienne jusqu'à nous en symbolisant
un concert comme Bonobo aime les faire: magiques.
par Cartman