Qu’avait-elle fait cette nuit, pour être dans cet état ? Et puis, quelle heure était-il ? Elle plongea machinalement son bras droit sous le lit à la recherche de son réveil matin, dont le trop bruyant tic tac l’empêchait habituellement de s’endormir, mais sa main ne heurta point l’engin. Trop épuisée, comme aspiré par son lit, Samantha renonça à sa quête pour repartir dans sa torpeur douloureuse. Quel jour était-on ? Lundi matin…peut-être. Mince, le boulot ! Non, rien à faire, elle était vraiment patraque. De plus, elle n’était même pas certaine que l’on s’aperçoive de son absence, alors.
A force d’efforts et de concentration, des souvenirs refirent surface, morceaux par morceaux. Elle était sortie faire une balade hier après-midi. Dans les bois, elle avait longtemps marché seule. Ça lui avait fait le plus grand bien… oui, mais à part ça…rien. Ah mais si ! Elle s’était offerte un chinois à midi. Pas un homme, non, un restaurant chinois. Et ce mal de crâne qui n’en finissait pas. Et quelle heure était-il au juste ? Ils allaient s’inquiéter au boulot, tout de même. Samantha replongea sa main sous le lit, avec toute l’énergie qui lui restât, à la recherche de son gros réveil mécanique et sa main trouva quelque chose : un magazine. Etrange, elle n’était pas du genre à bouquiner le soir dans son lit.
La faible lumière tamisée de la pièce lui permis quand même d’en découvrir la couverture et d’y déceler une….femme à poils ! Mais que faisait-elle avec cette femme à poils sous son lit ? Jamais de sa vie elle ne s’était procurée un magazine de femmes à poils ! Son bras se tendit vers la table de chevet à la recherche de l’interrupteur de la lampe qu’elle ne put trouver non plus. Le bras vaincu retomba et sa main traîna sur le sol. C’est certainement une amie qui lui avait fait cette petite blague de mauvais goût. Laquelle ? Non impossible, elle n’avait pas d’amie. Cette révélation douloureuse la replongea dans sa torpeur en la vidant de toute son énergie restante. Elle referma les paupières à la recherche de sa journée d’hier.
Le dimanche matin, elle s’était réveillée complètement déprimée à l’idée de ne pas savoir que faire. Ah oui, elle s’était abrutie d’antidépresseurs afin de retrouver une pêche artificielle, puis elle avait voulu téléphoner à ….personne. « Flippant tout de même, ma vie de merde », se dit-elle, lucide. « Il était plutôt pas mal et très souriant, le serveur au restaurant, quand j’y repense ». Elle figea son regard, rêveuse, sur le lustre au plafond. « Il est beau ce lustre. Il me faudrait le même dans ma ch… »
Samantha eut un choc émotionnel terrifiant et se redressa violement ! Ce lustre n’était pas dans sa chambre hier. Elle n’était donc pas dans sa chambre ce matin. Ce lit n’était pas son lit…tout comme le magazine. Et son réveil ne pouvait donc pas se trouver sous ce lit ! Tout comme sa lampe sur la table de chevet ! Paniquée, elle se blottit à nouveau au creux du matelas, n’osant plus qu’à peine respirer, de peur de découvrir encore des détail inquiétants. Elle frissonna soudain, de peur et de froid à la fois. « Je n’aurais pas dû dormir toute nue » regretta-t-elle. TOUTE NUE ! Mais jamais de sa vie elle n’avait dormi nue ! Elle ne pouvait se passer de ses pyjamas en flanelle ! Il avait vraiment dû se produire des événements bizarres, hier au soir, pour qu’elle se retrouve nue, dans un lit inconnu, avec un mal au crâne à se frapper la tête sur les murs et un dos très douloureux (elle ne supportait que son matelas, spécialement conçu pour elle).
Elle se remit à chercher dans sa mémoire, mais ses pensées retournèrent sur l’image de ce serveur souriant. Mais enfin, saperlipopette ! Qu’avait-elle bien put faire, hier ? Et ces ronflements sourds qui l’empêchaient de réfléchir sérieusement ! Des ronflements à sa gauche… des ronflements humains qui n’étaient point les siens… ELLE ETAIT DONC NUE DANS UN LIT INCONNU AVEC UN INCONNU ! Quoique très inquiète, cette dernière révélation n’était pas faite pour lui déplaire. Ce n’était pas tous les jours, ni même tous les mois, ni même tous les ans, qu’elle pouvait prendre un peu de bon temps…
Pourquoi n’est-elle point chez elle ce matin ? A-t-elle été expulsée aux prémices de l’hiver ?





